Les outils dans le monde de la publication numérique sont de plus en plus nombreux, mais les deux principaux restent aujourd’hui Adobe avec la solution DPS, et Aquafadas avec les outils AVE. Ces deux solutions sont gratuites, totalement intégrées à InDesign, et permettent le rêve de tout créatif ou maquettiste : réaliser des applications au contenu multimédia et intéractif très poussés, sans taper une ligne de code, totalement dans InDesign, et distribuables sur l’Apple Store.

Les enjeux sont énormes : bascule du print vers le digital, déclinaison multi-supports (cross-media), souplesse de création et de réalisation, autonomie et indépendance de production, outils de digital marketing (retours d’informations statistiques de type Analytic), ouverture d’un canal de distribution média au potentiel énorme.

Mais quelle solution choisir ?

Adobe ou Aquafadas ? Mes expériences de productions concrètes avec ces deux outils me permettent de dresser un comparatif entre les deux. Je n’ai pas la prétention d’être exhaustif, ni d’être totalement objectif (un outil se choisit aussi en fonction du feeling qu’on a ou pas avec lui…), mais je pense que mon expérience pourra éclairer nombre d’entre vous qui hésitez entre les deux.

aqua

 

Les avantages d’Aquafadas sur Adobe :

Je vais livrer les choses un peu en vrac, écrites au fur et à mesure de mon travail avec cet outil. D’abord en tant qu’utilisateur, sur des fonctions, et ensuite en responsable de projet.

  • D’abord la formidable gestion des calques : un bouton peut appeler un calque, l’afficher ou le masquer. N’importe quel élément de n’importe quel calque peut en appeler un autre, même sur un calque caché. C’est impossible avec Adobe, ce qui est un vrai point négatif.
  • Principe de sous documents : principe d’imbrication d’un doc InDesign dans un bloc. Le doc peut glisser dans le bloc. Tout le contenu du sous-document peut être actif : vidéos, audio, boutons, contenu web… N’importe quel bouton d’un sous document peut agir sur n’importe quel élément d’un autre sous document (!) ou du document principal (!!).
  • Gestion des ancres : un bouton peut déclencher le fait d’aller vers une ancre cible, y compris dans un sous-document. Cela permet d’animer le glissement d’un sous-document (onglets, sliders, panneaux glissants…)
  • Animations : les trajectoires d’animation d’InDesign sont gérées, ce qui permet de faire glisser un élément sans avoir recours à un logiciel externe, ce qui n’est pas le cas avec Adobe (paradoxe!)
  • Les enchaînements d’actions et de fonctions : On peut enchaîner autant d’actions que l’on veut. Une action peut déclencher une autre action. Par exemple : à la fin de la vidéo, tourner la page. Ou même à l’ouverture de la page, jouer un son ou une vidéo, puis etc… Ca permet de scénariser vraiment les choses.
  • Tout peut être déclencheur, y compris la page. Par exemple, à l’arrivée dans la page, on peut déclencher n’importe quelle action ou suite d’actions.
  • Les fonctions avancées Labyrinthe et Conditions : cela permet de créer des petits jeux (bof), mais surtout des interactions très poussées (génial!). Par exemple détourner la fonction-jeu Labyrinthe pour créer un curseur que l’on peut déplacer pour pointer les titres d’un sommaire, ce qui amène alors sur l’article désigné…
  • Nouveau : contrôle d’actions à partir d’éléments HTML importés : un bouton HTML importé peut déclencher n’importe quelle fonction. Le Digital Publishing rejoint de plus en plus le monde du développement Web.
  • Gestion du gyroscope de l’iPad pour les fonctions de type labyrinthe. Par exemple : déplacer des formes à l’écran en inclinant l’iPad…
  • Nouveaux enrichissements avancés, comme Physic, permettant d’envisager la création d’applications ludiques (gestion de la collision d’objets)!
  • Principe d’exportation de Zave et DPE, permettant de transmettre le doc en construction avec tous ses enrichissements, soit pour le tester, soit pour le rouvrir dans InDesign et travailler en relai.
  • Réglages plus avancés au niveau du player : modifier la barre de menus, changer les effets de transition entre les pages…
  • Effets visuels de qualité, comme l’effet Ken Burn possible et personnalisable sur toutes les images ou diaporama.

J’avoue que lorsque je reviens dans Adobe DPS après avoir travaillé avec Aqua, je suis souvent frustré par la pauvreté des fonctions, des actions et enrichissements possibles… Mais, revers de la médaille, Aqua présente aussi nombre de défauts récurrents… :

Défauts d’Aquafadas

  • Interface lourde, pas du tout “user friendly”. Bugs d’interface récurrents et très pénibles, mauvaise ergonomie ! Par exemple impossibilité d’insérer une action avant une action, ou de changer l’ordre des actions. Obligé alors de tout supprimer pour ajouter une action… Par exemple cadrage précis quasiment impossible entre plusieurs images d’un diaporama (à rendre fou!).
  • Nombre de clics à faire parfois surréaliste pour déclencher ou sélectionner une simple valeur dans les panneaux !
  • Logique plus complexe que celle d’Adobe DPS, demandant un apprentissage plus conséquent. Mais pour des fonctionnalités bien plus poussées…
  • Les fonctionnalités les plus intéressantes sont payantes !! et uniquement pour 1 an, ce qui est particulièrement mesquin. En plus elles sont souvent présentées comme de simples jeux simplistes (sudoku, coloriage…) alors qu’en fait elles permettent des interactions très poussées pour peu qu’on imagine comment les détourner.
  • Manque de certaines fonctions essentielles malgré les demandes des utilisateurs. (Allo Aquafadas…?) Toujours pas d’action « Index suivant » et « index précédent » pour faire défiler un diaporama !! Impossible d’avoir un diaporama sans qu’il soit en boucle. Impossible de demander un délai avant le déclenchement d’un son, d’une vidéo ou d’un diaporama… (Obligé de mettre des sons blancs ou vidéos vides pour attendre avant de les déclencher.) Impossible de jouer une animation à l’envers. Etc…
  • De nombreuses fonctions de la tablette, de l’iOS Dev Kit ne sont pas accessibles : prendre une photo, prendre des notes, etc
  • Pas d’enregistrement de donnée dans la page : pas de panier de commande possible, pas d’utilisation de ce que l’utilisateur peut renseigner (sauf champs de formulaire remplissable, avec une astuce que j’ai décrite ici).
  • Tout se faisant dans les panneaux d’outils Aquafadas, les pages dans InDesign présentent essentiellement des blocs vides, ce qui n’est pas simple pour organiser le document, et souvent déroutant pour quelqu’un qui reprend un document.
  • Coûts de distribution actuellement plus importants qu’avec Adobe….pour l’instant.

Les avantages d’Adobe sur Aquafadas :

  • Gratuité de publication en Single Edition (avec abonnement suite CC) !! C’est un point capital, qui motive nombre d’éditeurs ou de freelance à choisir Adobe DPS. Idéal aussi pour des publications BtoB.
  • Possibilité de publier autant de Kiosques qu’on veut avec l’abonnement Professional !! Cela permet par exemple à une agence de com de créer autant de Kiosques qu’elle a de clients, avec le même abonnement de 4.260 € par an.
  • Tout étant vraiment intégré à InDesign, on bénéficie de toute la puissance et souplesse du logiciel. Par exemple récupérateur de contenu, mises en pages liquides, importations d’InDesign dans InDesign, etc
  • Copier/coller de code HTML qui est immédiatement reconnu et intégré dans la page. Par exemple pour intégrer une vidéo Youtube très simplement.
  • Principe d’objets à états multiples : j’hésite à mettre ça en défaut ou en qualité…
  • Soumission/publication plus claire qu’avec Aquafadas (à moins d’acheter chez Aquafadas la prestation clé en main, mais c’est 500 € minimum à mettre en plus du coût total…)
  • Vectorisation de la plupart des contenus en PDF, donc meilleur rendu sur les différentes tablettes

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Les deux sont très proches sur ces points :

Les + :

  • Intégration dans InDesign (plus ou moins), et savoir faire accessible à des maquettistes print (plus ou moins aussi…)
  • Gratuité des outils, et réalisation sans programmation d’applications distribuables sur l’AppStore (même si ce n’est pas aussi simple qu’ils veulent le faire croire).
  • Qualité et puissance des fonctions possibles (surtout Aqua), création de vrais enrichissements multimédias et interactifs.
  • Puissantes fonctions Analytics pour des retours statistiques très poussés (suivant les abonnements).

Les – :

  • Pas mal de bugs… et de lourdeurs. Des manques incompréhensibles et très pénibles en production.
  • Pas de HTML5 ouvert, encapsulage à leur sauce, donc obligés de passer par leurs plateformes de distribution notamment. Je parie que ça va changer.
  • Complexité de distribution, surtout en multi-plateformes et multi-devices.
  • Durées de génération d’une prévisualisation vite assez longue et lourde… (bien que ça ce soit amélioré pour les deux).

Alors quelle conclusion?

J’ai tendance aujourd’hui à conseiller de savoir utiliser les deux. Et oui, pour bricoler on a besoin d’un ensemble d’outils, pas juste d’un tournevis ou d’un marteau…

D’autre part, leurs modèles économiques, coûts et méthodes de distribution/diffusion évoluent en permanence (saine concurrence), et celui qui est le plus intéressant aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain.
Leur logique n’est pas la même, et leurs fonctionnalités différentes, tout en partageant nombres de choses (intégration dans InDesign).

Je pense que chaque projet demandera de bien choisir l’outil, au cas par cas. Que ce soit en terme de fonctionnalités souhaitées, de modèle économique, de système de distribution, de déclinaison multi-plateforme, de pool de production… (oui car je pense que le profil des intervenants peut orienter un choix d’outil : Adobe DPS plutôt pour des équipes de culture print et habituées à travailler en plateau de productions PAO, Aquafadas pour des équipes plus réduites, pluridisciplinaires ayant une culture plus digital).

Enfin, si vous lisez les différents rédacteurs d’Electric News, vous savez que nous conseillons tous de surveiller de près les outils prometteurs qui pointent leur nez : In5, Origami Design, HTML5 en général…

Nous en sommes à l’aube du Digital Publishing, à un carrefour stratégique entre le Print et le digital.
Je trouve essentiel et passionnant de vivre cette aventure, avec ses affres et ses bonheurs !

Aquafadas ADOBE Digital Publishing Suite