Les livres numériques reprennent du poil de la bête.

Pourtant les éditeurs Français ne font (presque) rien.

Le baromètre des usages du livre numérique SNE/Sofia/SGDL a toujours été un peu déprimant à consulter pour les acteurs du livre numérique. Malgré tous les efforts des quelques auteurs, éditeurs et designers y croyant, la part de marché du livre numérique restait très faible en France. Plus faible d’ailleurs que dans la plupart des autres pays, y compris Européens.

Les raisons sont multiples. Pour notre spécificité Française, on pourrait citer l’enracinement culturel du livre papier (qu’on se le dise : le livre numérique ne menace ABSOLUMENT PAS le livre papier, au contraire !), la politique de subventionnement de l’édition, la très bonne couverture des réseaux de distribution, et la frilosité maladive des éditeurs Français à investir dans la conception d’objets-livres-numériques de qualité…

De plus, les eBook, au format e-Pub 1 ou 2, sont très basiques. Uniquement du texte sans image, sans couleur, sans interactivité… pour l’e-Pub1, texte+photos+couleurs pour l’e-Pub2, mais aucun enrichissement médias, ni interactions.

Nouvelle liseuse Amazon Kindle PaperWhite
Nouvelle liseuse Amazon Kindle PaperWhite

D’autre part, les supports de lecture visés étaient essentiellement soit des liseuses d’e-Pub 1, basiques et assez chères, soit des tablettes, qui n’ont finalement pas rencontrées le succès escompté.

Par contre, la progression exponentielle du taux d’équipement en smartphones modernes a changé la donne. La qualité des écrans des téléphones mobiles récents (oled, Retina…), la quantité de mémoire embarquée, la puissance des processeurs… ont rendu concrètement confortable la lecture de livres numériques sur ces supports. D’autant plus sur les “phablettes”, croisement de “iPhone” et de “tablette”, dotées d’écrans de dimensions supérieures.

On constate donc enfin une hausse significative des ventes de livres numériques et de livres audio. De plus, les lecteurs ayant lu une fois un livre numérique ont tendance pour la plupart à renouveler l’expérience, et à renouveler l’acte d’achat. Ce n’était pas le cas les années précédentes. Les lecteurs ne trouvaient pas vraiment d’intérêt au livre numérique, surtout lus sur un écran d’ordinateur. Seules les personnes équipées de tablettes ou liseuses avaient une pratique régulière, mais cela reste un public minoritaire.

Mobile-device, multi-device, écrans Retina, laptops…

Pourquoi cette amélioration des ventes de livres numériques? Certainement que le public a fini par y prendre goût, en tout cas pour lire dans les situations et les moments où l’objet numérique apporte un réel côté pratique (immédiateté de l’accès, stockage d’un grand nombre d’ouvrages, toujours sur soi, lecture possible sans connexion réseau…). Particulièrement avec un smartphone.

On constate aussi l’augmentation de la pratique multi-device de la lecture. On commence à lire sur son iPhone, on continue à la maison sur sa tablette, ou sur son laptop (ordinateur portable)…

Et l’augmentation significative de l’équipement en ordinateurs portables, équipés d’écran de qualité (rétina) contribue aussi à créer encore plus de situations favorables à la lecture sur écran.

 

Apple en a bien conscience, et vient de re-designer totalement sa boutique de vente de livres numériques, renommée AppleBooks pour l’occasion.

Avec la mise en scène de préconisations de lecture, consultation des extraits, listes d’envies, partage de communautés de lecteurs… On se rapproche de l’idée d’une vraie librairie en ligne.

 

 

D’autre part, la hausse des ventes de livres audio devraient inciter les éditeurs à réfléchir à ce que souhaitent les lecteurs de livres numériques : une expérience de lecture qui soit différente, adaptée à l’usage mobile, à des situations nomades. Et qui “augmente” la lecture d’enrichissements médias et numériques.

Si on se contente de convertir les livres papiers sur support numérique, on va vite tourner en rond et le marché va à nouveau s’essouffler.

Il faut que les éditeurs comprennent enfin qu’il faut proposer de la qualité, de la valeur ajoutée, de la spécificité à l’objet numérique pour le rendre “désirable”. Il faut mettre en “page” différemment, spécifiquement. Il faut penser UX et Ui, travailler l’objet même, pour offrir une expérience de lecture positive et confortable.

Un très bel exemple de recherche d’expérience de lecture numérique : la première “bande défilée” Phallaina,
de Marietta Ren, développé par le studio Small Bang, produit par le labo des nouvelles écritures et du transmédia de France Télévisions

Et il faudrait peut-être se mettre à réfléchir aux possibilités infinies d’enrichissement de contenus : vidéos, vidéos 360, play-list audio, design sonore, réalité augmentée, reconnaissance d’images, écriture feuilletonnée, écriture participative, réseaux sociaux…

Or rien. Personne ne bouge, personne n’investit, ou presque.

Pourtant les outils de développement sont de plus en plus faciles d’accès, et à des coûts de plus en plus abordables, voire gratuits ! (cf Aquafadas : Publiez gratuitement…).

 

Alors quoi..? Qui s’y met sérieusement?

Nous, de notre côté, les “digital content designers”, nous avons le savoir-faire, et nous sommes prêts. A bonne entendeur…?